Alors que le morceau « Ahoo » de Chilla, Bianca Costa, Davinhor, Le Juiice et Vicky R fait un carton, c'est l'occasion de s'intéresser un petit peu à la place des femmes dans l'industrie du rap français. Une petite rétrospective qui va de Diam's jusqu’à aujourd'hui, où le rappeur star de la saison 2 de « Validé » était joué par Laeti.

« L'exception culturelle » française

Dans le rap français actuel, il y a plein de domaines dans lesquels nos artistes n'ont plus rien à envier à leurs homologues américains : les instrus, les flows, les clips, et même les ventes pour certains cadors du game FR, on en est quasiment au même niveau. Sauf dans un domaine : celui du nombre de rappeuses ayant vraiment connu le succès. Aux USA, ils ont eu droit à Lauryn Hill, Lil Kim, Da Brat, Nicki Minaj ou encore Cardi B. En France, la seule à avoir connu un véritable succès et à avoir marqué les mémoires est Diam's, et ça commence à remonter. Elle n'était toutefois pas la première à se lancer dans le rap : Sté Strausz, ou encore Princess Aniès avaient en quelques sortes ouvert la porte.

Mais rien de comparable avec le raz-de-marée enclenché par Diam's, avec « Brut de Femme », puis avec « Dans ma bulle », contenant de nombreux hits qui ont marqué toute une génération d'auditeurs et d'auditrices. En plus de ses albums et de ses hits, Mélanie (son prénom) s'est même permis de mettre la lumière sur Sinik, jeune rappeur des Ulis, offrant au rap français un des rappeurs les plus marquants des années 2000. L'influence de Diam's a été énorme, et presque 20 ans après, tout le monde connaît encore les paroles de « DJ », « La Boulette », ou encore l'éternel « Jeune Demoiselle ». Un succès tellement monstrueux qu'il a d'ailleurs quasiment forcer la rappeuse à quitter la musique et à devoir prendre du recul, car la célébrité à ce point dans le rap n'avait jamais été atteinte encore.

Traquée par les paparazzis, mais surtout entourée d'une sorte d'aura la rendant quasiment intouchable, Diam's a mis la barre très haute (en termes de talent, d'impact et de ventes) pour celles qui voudraient prendre le relais afin de porter une voix féminine dans le rap français. Elle a également posé un problème aux futures rappeuses : Mélanie avait une personnalité extrêmement réservée, discrète et humble. Et au niveau du style vestimentaire, on ne peut pas dire qu'elle était la plus féminine possible. Longtemps, cette image de « fille caillera » a été un passage obligatoire pour les femmes du rap. Soit elles adoptaient l'attitude dure et révoltée de Diam's, de Keny Arkana ou de Casey, soit elles s'orientaient vers un style plus féminin et une musique qui se rapproche plus de RnB, à l'image d'une Vitaa par exemple. Il faut dire qu'encore aujourd'hui, les mentalités françaises sont encore un peu datées, avec des codes et des références très « à l'ancienne ». Mais c'est doucement en train de changer.

La révolution Shay et le début du changement

Et si c'est en train de changer, on peut dire merci à Shay pour cela. L'ex protégée de Booba est parti d'un constat simple : aux États-Unis, les rappeuses qui marchent sont extravagantes, elles assument leur féminité, leurs envies, leurs désirs et adoptent volontairement l'attitude de « bad bitchs », féminisées parfois à l'extrême dans un but de provocation. Et ça marche : cet état d'esprit coll vraiment avec l'idée originelle du hip hop de s'affirmer et d'être fier, de revendiquer une manière de vivre. Shay a donc tout simplement adopté cette posture de la rappeuse très sexy, en y ajoutant des textes qui restent très crus et parfois même très street. Le tout avec un univers musical varié et maîtrisé, de « PMW » jusqu'à « Liquide », son dernier hit en date. Avec deux albums certifiés disque d'or, et surtout un véritable succès critique et populaire, on peut dire qu'elle a insufflé un vent de renouveau dans les mentalités du rap français parfois un peu poussiéreuses.

Un statut qui lui aura d'ailleurs aussi permis de devenir mannequin pour certaines marques de luxe, et jury de l'émission « Nouvelle École » bientôt sur Netflix. Une fois que Shay a fait exploser les barrières, de nombreuses rappeuses talentueuses se sont engouffrées dans la brèche. Avec en tête de gondole Chilla, qui s'est fait connaître par son single « Si j'étais un homme » et son premier album « Karma », en 2017. Ensuite, d'autres ont suivi, comme Davinhor, Meryl, Lala &ce, Doria et d'autres. Évidemment, le parcours pour ces femmes dans le rap reste un parcours du combattant, puisque les préjugés encore bien ancrés vont facilement assimiler le rap à quelque chose de viril, de masculin, à tord puisqu'on a cité plus haut de grandes artistes féminines qui ont porté cette culture aux USA. Pourquoi est-ce donc aussi difficile en France ?

Canal + s'est posé la question et la chaîne a créé, pour y répondre, le documentaire « Reines, pour l'amour du rap » (disponible en intégralité sur leur site), qui suit 5 rappeuses françaises : Chilla, Vicky R, Davinhor, Le Juiice et Bianca Costa. Les rappeuses sont amenées à revenir sur leurs différents parcours, leur lien avec le rap et on les fait participer à un séminaire afin de créer un morceau ensemble. Le morceau s'appelle « Ahoo », il est rempli d'egotrip, d'insolence, mais aussi de kickage en règle, preuve que nos rappeuses n'ont rien à envier à leurs homologues masculins. Et avec plus de 2 millions de vues rien que sur Youtube, on peut déjà dire que c'est un succès. Il faut dire que le clip est aussi très réussi avec une belle esthétique. On terminera ce petit tour d'horizon en saluant le coup de génie de Franck Gastambide, réalisateur de la saison 2 de « Validé », qui a choisi de confier le rôle principal de sa série à Laeti, une rappeuse qui a vécu pas mal de galères et qui se bat pour sa vie et sa passion. Avec là encore, un succès à la clef. Preuve que les mentalités sont peut être en train de changer !

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